Arrosage par Oyas : Avis et retour d’expérience

technique d'arrosage par oyas

Les Oyas (ou Ollas) deviennent de plus en plus connus, notamment grâce à internet et aux vidéos de jardiniers utilisant ce système d’arrosage. A première vue idéal, il permet d’économiser l’eau d’arrosage, de partir quelques jours sans se soucier du jardin, et d’éviter un certain nombre de problèmes au potager. Mais qu’en est-il vraiment ? Je vous livre ici un petit retour d’expérience après quelques années d’utilisation.

Qu’est-qu’une oya (ou olla) ?

Les Oyas (ou Ollas) sont des pots d’argile légèrement perméables qu’on enterre dans le sol du potager et qu’on remplit d’eau. Progressivement, l’eau migre de l’intérieur du pot vers la terre et se diffuse naturellement lorsque celle-ci est sèche. L’objectif est de réduire le besoin d’eau pour le potager, de simplifier l’arrosage, et d’arroser les plantes directement par leurs racines profondes.
On trouve beaucoup d’informations sur internet les décrivant comme un système ancestral, mais de mon point de vue il y a très peu de sources fiables. Certains feraient remonter la technique à l’antiquité chinoise, romaine ou perse…

Théoriquement, pour un fonctionnement optimal, l’oya doit être faite d’un argile cuit mais perméable, ceci rendu possible par une cuisson à une température assez spécifique. Une technique assez répandue (je l’utilise moi-même) reste de fabriquer des oyas avec des pots de fleurs, cependant certains ne fonctionneront pas car étant cuits de manière industrielle, ils ne seront plus assez poreux.

Mon avis et mon expérience

Tout d’abord, je vous explique mon utilisation : Sur une petite surface en pleine terre (environ 10 m²), je teste depuis 3 ans des oyas faits maison, avec de vieux pots de fleur en terre cuite.
Pendant deux ans j’ai testé le principe un peu par curiosité et sans y mettre trop de sérieux, mais cette année j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure et d’utiliser le système comme arrosage principal (en plus de la pluie bien sûr), dans mon potager.

arrosage de tomates par oyas
L’oya posé, une fois refermé avec quelques planchettes

Ayant découvert les oyas sur internet, et m’étant documenté sur le sujet, j’ai décidé en cours de saison la première année d’implanter un ou deux pots de fleurs pour essayer. J’ai choisi les pots complètement au hasard avec ce que j’avais sous la main, j’ai bouché leurs trous à l’aide d’un bouchon de liège, creusé un trou et les ai enterré (avant de les refermer par une coupelle bien entendu). J’ai continué d’arroser le jardin avec un tuyau comme d’habitude, certes en passant moins de temps sur la zone des oyas.
Je trouvais qu’ils se vidaient extrêmement vite, et je n’ai pas vu de différence au niveau des plantes alentours par rapport au reste du potager. Je pense que le bouchon de liège n’était pas très étanche, et que leur taille plutôt réduite ne permettait pas une retenue très longue. Effet plutôt négligeable la première année, donc.

La deuxième année j’en ai implanté 2 ou 3, cette fois-ci avec de plus gros pots. Cette fois-ci l’effet était plutôt inverse : J’avais l’impression qu’ils ne se vidaient pratiquement pas. Toujours pas de résultat bien visible au niveau des cultures pendant la saison. Par contre, à la fin de la saison, quand je les ai retirés, j’ai pu voir de nombreuses racines complètement tapisser le trou laissé vide. Cela voulait donc dire que les plantes avaient trouvé l’humidité venant des pots, et s’en était servies quand même. Cette observation m’a encouragé à tester le système beaucoup plus sérieusement l’année suivante.

Fermer un olla avec un bouchon de liège
Pour refermer le pot de fleur, un simple bouchon de bouteille en liège suffit.

Année en cours : Bilan provisoire

Cette année j’ai donc décidé de me servir des oyas comme système d’irrigation principal.
J’ai donc parsemé mon potager de ces pots de terre cuite enterrés, j’en ai au total 9 (j’en ajouterai peut-être même un ou deux en cours de saison si je décide d’agrandir légèrement le potager).

Cette fois-ci j’ai pris le temps de tester l’étanchéité et la porosité de chacun de mes pots avant de les mettre en terre : Après les avoir colmaté avec un bouchon de liège, j’ai versé un bon volume d’eau dedans et attendu 15mn, pour vérifier deux choses :

  • Qu’il n’y ait pas de flaque sous le pot (étanchéité)
  • Que le bas du pot s’assombrisse sur sa face extérieure, signe que l’humidité pénètre la paroi d’argile, et donc que le pot sera suffisamment poreux pour que l’eau se diffuse en pleine terre.

Ensuite, j’ai réfléchi à l’implantation de mes végétaux en fonction de mes oyas : J’ai placé les oyas au centre de « cercles » de plantes (entre 5 et 8 environ). De cette manière, l’humidité diffusée sera disponible pour un grand nombre de végétaux de manière assez équitables, et surtout je les ai plantés après avoir placé les oyas, de façon à ce que leurs racines se développent vers le pot.

J’ai ensuite énormément paillé le jardin, beaucoup plus que les années précédentes, pour que la terre conserve au maximum l’humidité (j’ai eu la grande chance de pouvoir récupérer un peu de foin bien sec d’un champ à la campagne).

Nous sommes actuellement à 1 mois après plantation, et les végétaux se portent bien (la météo est aussi de notre côté avec des journées chaudes et ensoleillées, mais de belles pluies intermittentes). Je pense que le système fonctionne car je remplis presque tous les jours les oyas qui se vident progressivement. Certains ont l’air peu poreux, mais ça ne pose pas de problème pour le moment (je me demande si la fraicheur de l’eau contenue ne suffit pas à elle seule à « humidifier » la terre par capillarité ou condensation 🤔). Le soir des journées de canicule, j’arrose cependant très légèrement au pied de certaines plantes un peu plus éloignées des oyas (surtout des aubergines en l’occurrence).

Avantages des oyas

  • une économie d’eau assez nette, même si je ne saurais pas la quantifier du tout
  • on peut arroser quand on veut (à midi en plein soleil, aucun souci)
  • pas d’eau stagnante au potager, c’est toujours mieux pour limiter les moustiques
  • je pars en week end sans stress, les oyas tiennent largement le coup en termes de réserve d’eau
  • j’ai l’impression que ça limite la pousse des adventices, mais ça peut également être du à mon paillage plus important cette année

Inconvénients des oyas

  • cela implique une organisation des végétaux en fonction de l’implantation des pots dans la terre, donc potager un peu anarchique (mais personnellement j’adore cette esthétique)
  • je pense que l’accès aux oyas va devenir de plus en plus compliqué à mesure que les végétaux vont pousser, à voir en milieu de saison (à la mi Juillet, je confirme, ça devient vraiment compliqué, il faudra que j’espace plus les végétaux l’année prochaine 😅)
  • ne remplace pas l’arrosage pour tout : Sur mes zones de semis en pleine terre, je continue à arroser traditionnellement jusqu’à ce que les semis aient suffisamment levé et développé leurs racines. Par contre les oyas de cette zone sont déjà en place et remplis d’eau, pour attirer les racines dès le début. Comme dit précédemment, j’arrose parfois légèrement au pied de certaines plantes les journées de canicule.

Cet article est à poursuivre tout au long de la saison, j’essayerai de vous tenir au courant de la suite de mon expérimentation.

Pour en savoir plus sur le système, je vous conseille cet excellent blog d’un jardinier qui utilise le système de manière quasi industrielle (connexion des oyas en série, arrosage automatique, etc), avec des résultats très convaincants, et surtout dans des potagers en carrés : www.lepotagerdupoiraud.com

Utiliser des oyas dans un potager sur pied

Et dans un potager sur pied, ça marche ? Bien sûr ! Le système peut même fonctionner dans un seul pot : Si vous avez un petit arbuste dans un gros pot sur votre balcon (par exemple un romarin, un olivier, un agrume…) vous pouvez y placer un petit pot pour bénéficier de la réserve d’eau d’une oya.
Le système est reproductible en jardinière, bac sur pied, carré potager sur pied ou non…

ollas potager
Des ollas du commerce, installés par ma commune dans les espaces verts !